Avril 2021

Nous basculons dans le bleu pour descendre rapidement sur l'avant du Donator en ce début de printemps. L'eau est toujours aussi fraiche. Elle s'insinue dans la combinaison glisse le long de la colonne vertébrale, des bras et des jambes, provocant quelques frissons. Heureusement, le corps réchauffe rapidement cette mince pellicule d'eau emprisonnée entre le néoprène et la peau.

Nous arrivons sur le pont du Donator tous les trois en même temps. Un léger courant nous accueille. Au-dessus de l'épave, dans le bleu, un nuage de poissons tourne lentement. Les Gorgones frémissent dans le courant. Nous nous déplaçons vers l'avant et la cassure. C'est là que la mine a déchiré la coque, ne laissant aucune chance au bateau.

Nous glissons vers le bas le long de la cassure. Sous les tôles, un Congre nous observe. Au milieu des ferrailles éparses, posées dans le plus grand désordre sur le sable, une Mostelle semble inquiète à notre approche. Sur une petite plateforme métallique, au milieu de la végétation, un bébé Chapon est posé dans son écrin. Les Gorgones colonisent toute la coque. Lorsque l'on regarde vers le haut, la lumière de la surface nous atteint encore et dessine la coque en contre-jour. L'éclairage de nos lampes est lui rapidement absorbé par la couche d'eau ainsi que les couleurs qui finissent par se fondre dans le bleu.

Nous pénétrons par la cassure, dans les entrailles béantes du Donator. Les bordées de métal se sont détachées, laissant pénétrer entre les couples, dans ce grand trou noir, des traits de lumière bleuâtres dans lesquels un Mérou se déplace majestueusement. Un Anthias, égaré, tourne autour du Mérou. Le plafond de cette grotte métallique est recouvert par les Gorgones et les spongiaires, dont les Cavernicoles jaunes. Nous nous enfonçons plus loin dans le noir. Sur notre gauche, de la lumière extérieure, venant de la lointaine surface, trace son chemin vers la cale dans laquelle nous évoluons.

Dans cette pénombre, soudain, nous nous trouvons face à des cuves rouillées ne laissant aucun passage. Au-dessus de nous, les panneaux de cale sont absents. Nous remontons verticalement pour rejoindre le pont complètement attaqué par la corrosion et jonché de débris épars. Plus loin, la silhouette sombre du château avant, avec sa chevelure de Gorgone, se détache du bleu. Nous passons au-dessus d'une cuve posée sur le pont à côté d'un bossoir qui se dresse vers la surface qu'il ne reverra jamais.

Nous amorçons notre lente remontée vers le premier palier. Dans cette zone, une épaisse couche de plancton dérive au grès du courant. Une splendide méduse bleu et violette passe devant nous. Elle est suivie par un grand Siphonophore qui exécute sa danse lascive.

Les paliers dérivants sont enfin terminés et nous pouvons rejoindre la surface et le bateau.



La Forskalie est pourvue de filaments urticants, il faut donc éviter d'y toucher.


Forskalia edwardsi, un nom difficile a prononcer, pour ce qui n'est pas un animal à part entière, mais une colonie de centaines de polypes dont chacun occupe une fonction distincte.

Sa partie supérieure est surmontée d'un flotteur translucide que les spécialistes appellent, tenez-vous bien : pneumatophore. Ensuite, on trouve les polypes responsables de l'alimentation et de la reproduction.

La bestiole, qui n'en est pas une, et transportée, par l'eau au gré des courants, ce qui ne l'empêche pas d'effectuer des migrations verticales entre la surface et 500 m de fond ou bien encore de nager activement dans une direction donnée. Elle est relativement courante en Méditerranée.

Sa structure ressemble un peu à une corde, pouvant atteindre plus de 10 mètres de long. Dans cette vidéo, sa taille est d'environ 50cm. Autour de son axe central, nommé par les scientifiques, "stolon", les polypes appelés "cormidies", occupent les différentes fonctions de reproduction, d'alimentation ou de défense. La reproduction se fait dans l'eau par largage des cellules sexuelles mâles et femelles au niveau de chaque "cormidie".

On aperçoit aussi des individus tout "ébouriffés". C'est le moment de la  chasse. Ses bras ramifiés urticants sont étendus pour capturer les petites créatures planctoniques. 



La compagnie Schiaffino frères, spécialisée alors dans le service côtier est créé en 1874. Cette compagnie appartenait à la famille Schiaffino, les bateaux étaient d'ailleurs souvent baptisés du nom des membres de la famille.
Monique Schiaffino, Rose Schiaffino, Louis-charles Schiaffino, Antoine Schiaffino... et bien sur le Prosper Schiaffino.

Cette compagnie possède vingt bâtiments en 1939 mais en perd 19 pendant la seconde guerre mondiale. Ce qui fait qu’à la fin des hostilités, le seul rescapé est le Prosper Schiaffino, qui assure le transport du vin entre l’Algérie et la Métropole.



Le Prosper Schiaffino est long de 78 m pour 12 m de large, il pouvait filer 14 à 15 nœuds propulsé par une machine à triple expansion de 1800 CV. Lorsque la famille Schiaffino l'achète, il est transformé en pinardier. Il est équipé de 4 citernes sur le pont, faisant ainsi partie des premiers cargos modernes à avoir transporté du vin autrement qu'en barriques.

Le 10 novembre 1945 il fait route vers Marseille. Lorsqu'il arrive dans les parages du sud de Porquerolles, son capitaine monsieur Baillet, ordonne à ses hommes d’observer la plus grande vigilance car il reste des mines en Méditerranée.

Ce jour là, le mistral souffle, la mer est forte. A 13h10 une énorme explosion retentit. Le cargo vient de heurter une mine par bâbord avant, la proue est quasi détachée du reste de la coque ne donnant aucune chance au bateau. L’eau envahit le navire, la poupe se soulève rapidement. Ne pouvant mettre les chaloupes à la mer, l’équipage, composé de 29 marins, se trouve dans l’obligation de se jeter à l’eau.

Par chance un avion de la R.A.F, témoin du drame, alerte les secours sauvant ainsi 27 hommes, alors que 2 sont portés disparus. 

LE DONATOR

Une belle plongée nous attend. Nous allons descendre, seuls, sur le Donator et visiter plus particulièrement l'avant de celui-ci. Découvrez, avec nous, la cassure, là où il y a souvent des surprises...

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