TAPIQUES

Octobre 2021

Nous larguons les amarres à l'aube, et faisons route vers le lieu de notre prochaine plongée. Quelques minutes après la sortie du port, nous sommes accueillis par une aurore rosée. Le bateau avance bien dans un ronronnement lancinant sur une mer calme. Quelques nuages semblent suspendus dans le ciel. Des oiseaux jouent avec la surface liquide et traversent l'espace devant nous. Soudain, le soleil fait son apparition et escalade le ciel rapidement. La température est fraiche en cette fin octobre. Nous sommes bien couverts pour éviter de nous refroidir avant la plongée. Aujourd'hui, nous allons rendre visite à un site que nous faisons très rarement.

Après avoir vérifié notre matériel, Siu-Kwan, Jean-Claude et moi partons en direction du fond lointain. Jean-Claude, qui descend plus rapidement, est juste en dessous de nous. Ses bulles remontent à toute vitesse et explosent sur la vitre de nos masques dans un bruit assourdissant. Le tuyau du détendeur vibre avec la vitesse. Le liquide bleu se mue lentement en sable blanc. Nous envoyons de l'air dans nos gilets pour freiner notre chute et ne pas percuter le fond.

Sur la gauche des dunes jusqu'à la limite de notre champ de vision. Sur la droite, les Gorgones jaunes sont là, bien accrochées sur leur support. Des spongiaires rouges éclatants, d'autres jaunes brillants recouvrent le coralligène dans une symphonie de couleurs. Nous avançons à la limite du sable le long de la paroi. De belles branches de Corail rouge, tous polypes dehors, sont fermement ancrées. Quelle rare splendeur ! Depuis l'antiquité, le corail de Méditerranée est outrageusement exploité. C'est de nos jours un évènement que de voir de telles branches.

Nous atteignons une zone très densément peuplée par les Gorgones rouges aux extrémités jaunes. Deux Serrans chèvres naviguent entre les ramifications. Une splendide Éponge tubulaire rose s'offre à la caméra. Plus loin une petite Langouste se recroqueville à notre approche. Sur sa plage de sable, un Chapon redresse son épine dorsale pour nous signifier de ne pas approcher. À côté de lui, une Sabelle est caressée délicatement par le léger courant.

Siu-Kwan, qui est un petit peu devant nous, essaye à grand coup de lampe d'attirer notre attention. Avec Jean-Claude, nous nous rapprochons pour découvrir sur le sable grossier un tapis d'Oursins lance gris (D'après Frédéric Ducarme, chercheur associé au Muséum national d'Histoire naturelle
de Paris, il s'agit en fait d'Oursins lance rouge
). C'est plusieurs mètres carrés qui sont recouverts ! Nous sommes surement en train d'assister à la reproduction. En effet, pour se reproduire, les oursins mâles et femelles libèrent leurs gamètes en pleine eau. L’émission des gamètes est synchronisée grâce à un message chimique. Pour maximiser la chance de rencontre, il est nécessaire qu'ils se rapprochent les uns des autres.

Nous laissons là cette scène extraordinaire pour découvrir une splendide Gorgone blanche que Jean-Claude éclaire. Lentement, nous remontons le long de la roche que nous quittons à regret pour prendre la direction des paliers. À mi-profondeur, Jean-Claude gonfle son parachute afin de prévenir le bateau que nous remontons.



Un tapis d'oursins lance gris recouvre plusieurs mètres carrés de fond marin. Cet oursin à un petit corps, rond et des piquants, couvert de salissures, ressemblant à des crayons. Il possède une seconde rangée de piquants très courts plaquée contre le corps. Il est de couleur grise avec des touches de rose. Comme la plupart des oursins, il a l'anus sur le dessus du corps et la bouche vers le sol.

Il se déplace lentement sur le sol à l'aide de ses piquants à la recherche de nourriture. C'est un détritivore qui ingère des algues et tout type de matière organique. Il affectionne les eaux profondes et les fonds meubles sablo-vaseux ou détritiques. Son principal prédateur est la langouste.

Sa reproduction est sexuée avec les sexes séparés. Pour se reproduire, les oursins mâles et femelles libèrent leurs gamètes en pleine eau. L’émission des gamètes est synchronisée grâce à un message chimique. Pour maximiser la chance de rencontre entre ovules et spermatozoïdes, il est nécessaire que les oursins se rapprochent les uns des autres avant d’émettre leurs gamètes. C'est cette scène que nous avons filmée. Les œufs fécondés donnent de petites larves planctoniques qui, après plusieurs stades larvaires, arrivent sur le fond où elles se transforment en petits oursins.

Certaines plongées apportent leurs lots d'émotions. D’autres nous font découvrir des êtres vivants rarement observés. Enfin certaines nous offrent des ambiances exceptionnelles. Cette plongée est la synthèse de tout cela et plus encore !

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