
La Posidonie (Posidonia oceanica) est une plante marine endémique de Méditerranée. Contrairement aux algues, elle possède de véritables racines, des rhizomes, des feuilles, des fleurs et des fruits.
Ses longues feuilles rubanées se regroupent en faisceaux. Sous le sédiment, les rhizomes progressent horizontalement ou verticalement et permettent à la plante d’occuper progressivement l’espace.
Lorsque des milliers de faisceaux se développent côte à côte, ils forment un herbier, comparable par certains aspects fonctionnels à une prairie ou une forêt terrestre.
La Posidonie peut se reproduire sexuellement par la production de fleurs, puis de fruits contenant une graine. Mais une grande partie de l'expansion des herbiers repose également sur la croissance végétative de ses rhizomes.
Les rhizomes horizontaux colonisent progressivement le fond tandis que les rhizomes verticaux permettent aux faisceaux de continuer à croître lorsque les sédiments s’accumulent.
Cette progression est lente. Un herbier bien développé est donc le résultat d'une histoire longue, très différente de celle d'une végétation annuelle.
Cette lenteur explique aussi sa vulnérabilité : ce qui est détruit rapidement peut demander très longtemps à se reconstituer.


Pourtant, une grande partie de l’herbier se trouve sous les feuilles et dans le sédiment.
Les feuilles
Elles réalisent la photosynthèse et offrent une immense surface disponible pour de nombreux organismes.
Les rhizomes
Ils relient les faisceaux entre eux, assurent la croissance de la plante et participent à la structuration du fond.
Les racines
Elles ancrent la plante dans le substrat et contribuent à stabiliser les sédiments.
La matte
Au fil du temps, rhizomes, racines, sédiments et matière organique s’accumulent et forment une structure compacte appelée matte.
L’herbier n’est donc pas seulement une couverture végétale posée sur le fond.
Il construit progressivement son propre habitat.
Cette matte peut se développer sur de longues périodes.
Elle stabilise le fond et constitue également un important réservoir de carbone. Une partie du carbone fixé par photosynthèse peut ainsi être enfouie et conservée dans les sédiments et les structures de l’herbier.
La Posidonie agit donc simultanément au-dessus et au-dessous du fond marin.
Ce que voit le plongeur n’est que la partie la plus visible d’un édifice biologique beaucoup plus important.


Cette photosynthèse libère de l’oxygène.
Mais l’importance de cette production dépasse la plante elle-même. La matière produite par l’herbier entre dans de nombreux circuits alimentaires, directement ou après transformation et décomposition.
Les feuilles mortes participent notamment à une chaîne complexe impliquant microorganismes et détritivores.
L’herbier est donc à la fois producteur de matière vivante et moteur d’échanges écologiques.
Sa surface peut être colonisée par de nombreux organismes appelés épiphytes : algues, bryozoaires, hydrozoaires et autres petits organismes fixés.
À leur tour, ces organismes attirent une microfaune variée.
Une simple feuille devient ainsi un véritable support biologique.
Plus l’observation se rapproche, plus le paysage change d’échelle : l’herbier contient une multitude de petits habitats superposés.


Cette architecture offre des refuges à de nombreux animaux.
Crustacés, mollusques, échinodermes et poissons utilisent l’herbier pour s’abriter, se nourrir ou chasser.
Certaines espèces y vivent durablement. D’autres ne font que le traverser.
L’herbier n’est donc pas un milieu fermé : il échange continuellement des organismes et de la matière avec les roches, les fonds sableux et la pleine eau.
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