Dans les eaux cristallines de la Méditerranée, où la vie marine s’est adaptée à une diversité de conditions, la vessie natatoire joue un rôle essentiel pour de nombreux poissons osseux. Cet organe, souvent comparé à une “poche d’air interne”, leur permet de contrôler leur flottabilité avec une grande précision. Mais que se passe-t-il pour ceux qui en sont dépourvus ? Comment ces poissons compensent-ils l’absence de cet avantage physiologique ?
Les poissons osseux possèdent un atout essentiel pour naviguer sans effort dans la colonne d’eau : la vessie natatoire. Cet organe interne rempli de gaz leur permet de contrôler leur flottabilité et de se stabiliser à différentes profondeurs, évitant ainsi une nage constante et énergivore. Mais toutes les espèces n’en sont pas équipées ! Tandis que certains poissons, comme le mérou brun ou la dorade royale, ajustent leur position grâce à leur vessie natatoire, d’autres, comme les requins, les baudroies ou les thons, doivent recourir à des stratégies alternatives pour se maintenir en suspension.
À travers les eaux méditerranéennes, cette diversité d’adaptations témoigne de l’ingéniosité de la nature et des défis liés à la vie sous-marine.
Dans cet article, nous explorerons successivement : Qu’est-ce que la vessie natatoire ?, Comment fonctionne-t-elle ?, Vessie natatoire : physostome ou physocliste ?, Les poissons avec vessie natatoire, Les poissons sans vessie natatoire, Vulnérabilités de la vessie natatoire.
La vessie natatoire est un organe interne rempli de gaz, situé dans la cavité abdominale de nombreux poissons osseux.
Son rôle principal est de réguler la flottabilité du poisson en ajustant la quantité de gaz qu’elle contient.
Cela permet au poisson de rester à une profondeur stable sans avoir à nager en permanence, économisant ainsi son énergie.
Schéma de principe de l'équilibrage des poissons
En modifiant la quantité de gaz (principalement de l'oxygène) dans la vessie natatoire, le poisson ajuste sa flottabilité.
Si elle se remplit de gaz, le poisson devient plus léger et remonte ; si elle se vide, il devient plus dense et descend.
Le corb est capable de faire vibrer sa vessie natatoire pour produire des sons
Chez certaines espèces, elle peut servir de résonateur sonore pour la communication (comme chez les corbs).
Chez d'autres, elle peut jouer un rôle dans la perception des sons et l’équilibre.
Chez les poissons osseux, la vessie natatoire peut se présenter sous deux formes. Certaines espèces possèdent une vessie dite physostome, tandis que d’autres ont une vessie dite physocliste. Cette différence influence divers aspects de leur physiologie et de leur mode de vie.
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Ces poissons ont un canal pneumatique qui relie leur vessie natatoire à leur œsophage. Ils peuvent ainsi ajuster leur flottabilité en avalant ou en rejetant de l’air à la surface.
Exemple : Le syngnathe, la mostelle...
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Ces poissons n’ont pas de connexion directe entre leur vessie et l’extérieur. Ils ajustent la quantité de gaz par des échanges avec le sang via un réseau de capillaires appelé rete mirabile.
Exemple : le mérou brun, le grondin...
Schéma de principe de la vessie physostome
En Méditerranée, la plupart des poissons osseux possèdent une vessie natatoire adaptée à leur mode de vie comme :
• Le mérou brun : Ce prédateur benthique ajuste finement sa flottabilité grâce à sa vessie physocliste, ce qui lui permet d’attendre embusqué ses proies sans effort.
• La dorade royale : Grâce à sa vessie natatoire, elle peut se maintenir à une profondeur stable tout en fouillant les fonds sableux à la recherche de mollusques et crustacés.
Si la vessie natatoire est un atout majeur pour de nombreux poissons, certaines espèces en sont totalement dépourvues. Elles doivent alors compenser autrement pour éviter de couler ou, au contraire, de dériver trop facilement.
• Un foie riche en lipides : Les requins, comme le grand requin blanc ou la roussette, possèdent un foie volumineux contenant une grande quantité de squalène, une huile légère qui réduit leur densité et leur permet de flotter partiellement.
• Une nage active constante : Certains requins, comme le requin bleu, doivent nager en permanence pour générer une portance grâce à la forme hydrodynamique de leurs nageoires pectorales.
• Des adaptations morphologiques : Les raies et pastenagues, vivant sur les fonds marins, ont un corps aplati et des nageoires adaptées pour glisser près du substrat sans effort.
Certains poissons osseux de Méditerranée, bien qu’ils appartiennent au groupe des poissons à vessie natatoire, ont perdu cet organe car ils n’en ont plus besoin.
• Les baudroies :Sont dépourvues de vessie natatoire et chassent à l’affût, cachées sous le sable. Leur grande bouche et leur capacité à aspirer rapidement une proie leur permettent de compenser leur manque de mobilité.
• Les blennies : Ces poissons vivent près des rochers et restent immobiles la plupart du temps. Leur corps dense leur permet de rester plaqués au substrat.
• Les gobies : De petite taille et souvent posés sur le sable ou les rochers, ils utilisent leur nageoire pelvienne modifiée en ventouse pour s’ancrer au substrat.
Certains poissons, bien que vivant en pleine eau, n’ont pas de vessie natatoire. Leur stratégie repose alors sur une nage constante et une morphologie adaptée :
• Le thon rouge de Méditerranée : Ce prédateur puissant n’a pas de vessie natatoire mais compense par un corps hydrodynamique et une nage en continu qui lui procure une portance similaire à celle d’un avion dans l’air.
• L’espadon : Comme le thon, il nage sans relâche, ce qui lui permet de rester en suspension dans la colonne d’eau.
• Les poissons-lunes : Ce poisson massif, bien qu’il semble dériver lentement, ajuste sa densité en modifiant la quantité d’eau contenue dans ses tissus et en s’aidant de ses nageoires puissantes.
Barotraumatisme dû à une remontée trop rapide :
Les yeux sont gonflés et les organes internes expulsés par la bouche.
Si la vessie natatoire est une adaptation remarquable, elle présente aussi certaines vulnérabilités :
• Le barotraumatisme : Lorsqu’un poisson est remonté trop rapidement à la surface (par un pêcheur ou un changement brusque de pression), sa vessie natatoire se dilate excessivement. Cela peut causer de graves lésions, comme l’expulsion des organes internes par la bouche ou le gonflement des yeux.
• Les effets de la pollution : Certains polluants, notamment les hydrocarbures et les pesticides, peuvent perturber le bon fonctionnement de la vessie natatoire en affectant les échanges gazeux avec le sang.
• L’adaptation aux changements environnementaux : La modification des températures et la raréfaction de certaines ressources alimentaires en Méditerranée peuvent impacter le comportement des poissons et leur capacité à utiliser efficacement leur vessie natatoire.
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La vessie natatoire est une innovation biologique qui a permis aux poissons osseux de conquérir de nombreux habitats marins, en leur offrant un moyen efficace de réguler leur flottaison. Cependant, les poissons qui en sont dépourvus ont développé d’autres stratégies tout aussi fascinantes pour évoluer dans la colonne d’eau ou le long des fonds marins.
En comprenant ces mécanismes, nous prenons mieux conscience de l’incroyable diversité et complexité des adaptations des poissons méditerranéens, et de la nécessité de protéger ces écosystèmes uniques.
- Wikipedia. "Vessie natatoire".
- ULiège Sports. "La vessie natatoire des poissons".
- VetoFish. "Vessie natatoire"
- Observations de terrain de l’équipe Dive.Explo360.
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