La Méditerranée regorge de poissons stupéfiants, chacun doté d’adaptations uniques à son environnement. Leur peau, bien plus qu’une simple enveloppe, joue un rôle essentiel dans leur protection, leur communication, et leur survie. Découvrez comment cette barrière naturelle révèle la complexité et la beauté des espèces méditerranéennes.
L'épiderme des poissons méditerranéens ne se contente pas de protéger leur corps, il joue également un rôle crucial dans leur interaction avec l'environnement. En plus de servir de barrière contre les prédateurs et les agents pathogènes, il participe activement à des fonctions essentielles telles que le camouflage, la communication visuelle et la régulation des échanges avec l'eau environnante.
À travers cet article, découvrez comment cette peau évoluée permet aux poissons de s'adapter à des conditions marines parfois extrêmes et d'assurer leur survie.
Dans cet article, nous explorerons successivement : Une barrière protectrice, Le mucus : une armure invisible, Des peaux d'exception, Ne pas caresser les poissons !, Les écailles une armure ?, Les écailles un camouflage ?, La peau comme outil de communication et de séduction, La peau un indicateur de santé, La peau une adaptation à l’environnement, Une peau qui inspire.
Schéma de principe en coupe. Sous des replis de l'épiderme, des écailles transparentes s'organisent en rangées régulières, se chevauchant comme des tuiles sur un toit.
La peau des poissons est composée de deux couches principales :
- L’épiderme, une couche externe qui produit du mucus.
- Le derme, une couche plus profonde contenant des écailles*, des vaisseaux sanguins et des terminaisons nerveuses.
* Les écailles, formées de plaques osseuses ou cornées disposées en rangées superposées, font partie intégrante du squelette du poisson.
Le mucus contient des enzymes antibactériennes et antifongiques qui agissent comme une barrière chimique, empêchant les bactéries, virus et champignons de pénétrer la peau.
Il limite également l'adhésion des parasites sur la surface de leur corps.
Le mucus réduit la friction entre le poisson et l’eau, améliorant son hydrodynamisme. Cela permet au poisson de nager plus facilement et avec moins d'effort.
En formant une couche lisse et humide, le mucus limite les dommages liés aux frottements contre les roches, le sable ou d'autres surfaces abrasives.
Chez certaines espèces, le mucus contient des toxines ou des substances désagréables qui dissuadent les prédateurs.
Il peut également rendre la peau glissante, rendant plus difficile la capture par un prédateur.
Le mucus aide à protéger les plaies et à favoriser leur guérison en agissant comme une couche protectrice sur les zones endommagées.
Le mucus peut transporter des signaux chimiques, comme des phéromones, pour signaler leur disponibilité à se reproduire ou avertir d'un danger.
Le congre et la murène, deux prédateurs redoutables, possèdent une peau très différente de celle des poissons écailleux. Leur peau est dépourvue d’écailles mais produit en abondance du mucus, ce qui leur confère plusieurs avantages :
Un congre en chasse.
Malgré la protection de son mucus, il arbore de nombreuses cicatrices et blessures.
- Facilité de déplacement dans les roches : Le mucus agit comme un lubrifiant, permettant à ces poissons de se faufiler dans les interstices des récifs ou des épaves.
- Protection contre les blessures : La texture lisse et le mucus réduisent les risques d’abrasion lorsqu’ils se déplacent dans des environnements rocheux.
- Défense contre les prédateurs : Chez la murène, le mucus peut contenir des substances désagréables ou toxiques pour dissuader les prédateurs. Son mucus est si performant qu’il permet à l’animal de survivre dans des eaux parfois très polluées, en formant une barrière chimique contre les toxines.
Ces adaptations en font des chasseurs redoutables et parfaitement adaptés à la vie cachée dans les zones rocheuses de la Méditerranée.
Les raies, comme la raie pastenague, et les roussettes, petites espèces de requins méditerranéens, possèdent une peau unique, connue sous le nom de galuchat.
Les écailles des raies et les requins, sont de véritables dents, plus ou moins aplaties, qui traversent l'épiderme. Leur structure est identique à celle d'une dent.
- Texture rugueuse : La peau de ces poissons est recouverte de denticules dermiques, de petites structures semblables à des dents qui leur donnent une surface rugueuse. Cette adaptation offre une protection contre les prédateurs et réduit les frottements pendant la nage.
- Ces denticules dermiques jouent également un rôle dans la protection contre les parasites, car leur structure complexe empêche les organismes indésirables de s’y fixer.
- Utilisation par l’Homme : Historiquement, la peau de certaines espèces comme les raies ou les requins a été utilisée pour fabriquer des objets de luxe (fourreaux d’épées, accessoires) grâce à sa résistance et sa texture unique.
EN SAVOIR +
En plus du risque de morsure,
vous altérez la couche protectrice de mucus en touchant les poissons.
Il peut être tentant, pour les plongeurs, de toucher ou de caresser un congre ou une murène qui se montre curieux. Cependant, ce geste retire leur mucus protecteur, les rendant vulnérables aux infections et parasites. Pour préserver leur santé, il est important de les admirer sans les manipuler.
Écailles.
Sous le mucus, le derme où se trouvent les écailles, dont la forme et la disposition varient d’une espèce à l’autre. Les poissons comme le rouget de roche ou le bar commun possèdent des écailles robustes qui leur offrent une protection contre les prédateurs et les abrasions causées par le substrat rocheux.
On distingue deux types d'écaille :
1
- Elles possèdent une surface rugueuse ou dentelée à leur bord postérieur.
- Ces écailles sont plus légères et plus flexibles, tout en offrant une certaine protection.
- Elles réduisent la friction dans l'eau et aident à une meilleure hydrodynamique.
Rôle :
Le bord dentelé leur permet de mieux se protéger des prédateurs et parasites.
2
- Elles ont une surface lisse et un bord arrondi, sans dentelures.
- Elles sont généralement plus grandes, plus minces et plus souples.
- Ce type d'écailles est typique des poissons qui nagent plus lentement.
Rôle :
Elles favorisent la flexibilité pour les mouvements lents ou la nage dans des environnements où la rapidité n’est pas essentielle.
Les motifs du serran chèvre lui permettent de se camoufler dans les zones rocheuses, herbiers et fonds sableux, réduisant ainsi le risque d'être repéré. Ses rayures perturbent également la vision des prédateurs, rendant sa taille et ses mouvements moins perceptibles.
Les écailles ne servent pas seulement à protéger : elles jouent également un rôle dans le camouflage. Les poissons de Méditerranée, comme le serran chèvre ou la girelle, présentent souvent des motifs et des couleurs qui leur permettent de se fondre dans leur environnement, que ce soit parmi les herbiers de posidonies ou les récifs coralligènes. D'autres, comme le poisson-perroquet des mers chaudes, arborent des couleurs vives pour signaler leur toxicité ou leur caractère peu appétissant.
Girelle paon
Chez les poissons, la peau n’est pas seulement fonctionnelle : elle est aussi un outil de communication. Les chromatophores, cellules pigmentaires présentes dans le derme, permettent aux poissons de changer de couleur en fonction de leur humeur, de leur état de santé ou pour séduire un partenaire.
Le labre merle, par exemple, peut modifier la teinte de sa peau pour impressionner une femelle ou intimider un rival. De même, les mâles dominants chez la girelle paon arborent des couleurs plus vives, mêlant des nuances de bleu, vert et jaune, particulièrement accentuées pendant la reproduction.
Ce crénilabre paon est infesté par un parasite, le Nérocile à deux bandes.
Ce parasite externe se fixe principalement sur la peau ou les nageoires du poisson, se nourrissant de son sang ou de ses tissus.
La peau des poissons est aussi un indicateur précieux pour évaluer leur santé et, par extension, celle de leur environnement. Les changements de couleur, de texture ou l’apparition de lésions peuvent signaler des stress environnementaux tels que la pollution ou les changements de température.
En Méditerranée, les populations de poissons subissent des pressions croissantes dues à la pollution plastique, à l’augmentation des températures et à la surpêche. Ces menaces ont un impact direct sur leur peau, affectant leur capacité à se défendre contre les maladies ou à se camoufler.
Le rouget barbet est un maître du camouflage, se fondant parfaitement sur les fonds recouverts d'algues rases grâce à ses teintes rosées et dorées. Ces couleurs naturelles imitent les nuances des algues et du substrat environnant, lui offrant une discrétion optimale pour échapper aux prédateurs et chasser ses proies.
Le chapon a la capacité à se fondre dans son environnement. Ses écailles épaisses et irrégulières, reproduisent à la perfection les reliefs accidentés du coralligène et les motifs des algues calcaires. Ses teintes, un mélange de rouge, de brun, d'orangé et parfois de jaune pâle, imitent les couleurs caractéristiques des habitats coralligènes.
Les caractéristiques uniques de la peau des poissons méditerranéens inspirent les chercheurs et les ingénieurs. Les propriétés hydrodynamiques des écailles, par exemple, sont étudiées pour concevoir des matériaux réduisant les frottements.
Dans le domaine médical, la peau de tilapia s’impose comme une ressource précieuse pour traiter les brûlures graves. Riche en collagène – bien plus que la peau humaine – elle joue un rôle essentiel dans le processus de régénération des tissus. À Fortaleza, au sein de l’Institut José Frota, cette technique a été testée sur une cinquantaine de patients brûlés. Les résultats sont prometteurs : meilleure hydratation des plaies, diminution des risques d’infection et une cicatrisation accélérée. De surcroît, les pansements doivent être changés moins souvent, réduisant ainsi la douleur et le recours aux analgésiques.
La peau des poissons de Méditerranée est bien plus qu’une simple barrière. Elle est un élément clé de leur survie, un outil de communication et un miroir des défis écologiques auxquels ils sont confrontés. Du mucus protecteur du mérou à la peau rugueuse des raies, chaque espèce a développé des solutions uniques pour survivre dans des environnements variés.
Pour les plongeurs, ces observations sont une invitation à respecter ces animaux et à éviter tout contact, afin de préserver leur précieux mucus et leur santé.
Apprendre à observer sans interférer, c’est participer à la préservation de ce patrimoine vivant unique qu’est la biodiversité marine méditerranéenne.
- Université de Genève. "Comment la peau des poissons évolue-t-elle ?"
- HAL Open science, Pierre Boudinot, Michel Dorson "Eléments d’immunologie des poissons"
- Infotech "Système tégumentaire chez le poisson: définition, peau, mucus, écailles"
- Observations de terrain de l’équipe Dive.Explo360.
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