Imaginez un fond marin qui, à première vue, apparaît comme un simple tapis de sable parsemé de fragments rosés. Pourtant, sous cette apparence se cache un monde d'une richesse insoupçonnée, où le sable et le maërl interagissent pour créer un habitat complexe, dynamique et vital pour la vie marine.
Sous la surface des mers, le sable et le maërl forment un écosystème complexe et intéressant, où la dynamique des courants, la structure du substrat et la biodiversité s’entremêlent en un équilibre délicat. Bien que le sable semble n’être qu’un simple dépôt granulaire et le maërl une algue calcaire, ces deux éléments interagissent étroitement pour façonner un habitat riche et diversifié.
La composition et la granulométrie du sable influencent directement la répartition des organismes, tandis que le maërl, en tant qu’ingénieur d’écosystème, offre des refuges et des niches essentielles à de nombreuses espèces.
Ensemble, ils créent un environnement aux interactions subtiles, essentiel à la vie marine et particulièrement attrayant pour les plongeurs curieux de découvrir un monde caché.
Dans cet article, nous explorerons successivement : Qu'est-ce que le maërl ?, Quel est le rôle des courants dans cet habitat ?, Le sable et sa granulométrie : impact sur la faune et la flore, Sable et maërl, un refuge pour une biodiversité unique, Des interactions complexes entre les espèces, Maërl et sable : pourquoi sont-ils si important ?, Attention fragile !, Comment observer ce monde caché ?
Zone de vie du maërl : la turbidité ou la clarté de l'eau influencent ces paramètres.
Le maërl est constitué d'algues corallinacées calcaires, comme l'algue buisson de pierre, qui se développent très lentement pour former, au fil des siècles, de véritables bancs rocheux fragmentés.
Contrairement aux algues fixées à un substrat, le maërl est libre et dérive avec les courants marins. Cet habitat particulier, présent en Méditerranée et en Atlantique, offre une structure tridimensionnelle qui sert de refuge à de nombreux organismes marins.
Schéma de principe
Les courants marins jouent un rôle crucial dans le maintien de cet écosystème. Ils assurent la circulation de l'eau, apportant des nutriments essentiels et favorisant l'oxygénation du milieu.
En agissant sur les fragments de maërl et les sédiments, les courants empêchent une accumulation excessive de matière organique, ce qui pourrait étouffer les organismes qui y vivent. Cette agitation permet également de redistribuer les particules fines et de créer une mosaïque d'habitats diversifiés, propice à l'installation de multiples espèces.
Pour le plongeur un fond de sable grossier est synonyme de plus de vie visible.
Le sable n'est pas un simple substrat inerte. Sa granulométrie, c'est-à-dire la taille de ses particules, influence fortement la vie qui s'y installe :
- Sable grossier : Composé de gros grains, il favorise une meilleure circulation de l'eau et une aération accrue des sédiments. Ce type de sable offre un habitat stable pour certains invertébrés qui se réfugient entre les espaces, comme certains crustacés et mollusques.
- Sable fin : Riche en particules fines, il retient davantage d'organismes organiques et de nutriments. Cependant, s'il se compacte, il peut devenir moins oxygéné, limitant la présence de certaines espèces sensibles. Il est souvent colonisé par des micro-organismes et constitue un excellent lit pour le frai de certaines espèces de poissons.
Ainsi, la variation de la granulométrie du sable crée une diversité de micro-habitats, chacun favorisant une assemblée particulière d'organismes, ce qui contribue à l'ensemble de la biodiversité marine.
Les bancs de sable et de maërl forment un véritable refuge pour de nombreuses espèces marines. Parmi celles que l'on retrouve presque exclusivement dans ces habitats, on peut citer :
Rouget grondin
Au sein de ce biotope, les interactions entre espèces sont nombreuses et subtiles :
- Modulation du substrat : Les vers fouisseurs et petits crustacés aèrent les sédiments, facilitant la croissance de micro-organismes et la fixation d'autres invertébrés.
- Habitat structurant : Le maërl, en tant que substrat vivant, offre des points d'ancrage pour éponges et coraux mous, créant un habitat en trois dimensions qui abrite de nombreux invertébrés.
- Interactions trophiques* : Tandis que certains poissons utilisent ces fonds comme zones de frai, d'autres, comme le rouget grondin, y chassent des proies, créant ainsi des chaînes alimentaires complexes.
* trophique : qui se rapporte à la nutrition ou aux relations alimentaires dans un écosystème
Maërl une des rares algues ayant une vie non fixée.
Cet écosystème joue un rôle majeur dans la régulation du carbone marin grâce à la structure calcaire du maërl, qui capte et stocke le CO2. De plus, ces fonds servent de nurseries naturelles pour de nombreuses espèces, soutenant ainsi les pêches locales et la biodiversité globale.
La diversité des habitats (entre sable de différentes granulométries et maërl) permet également de maintenir des populations d'organismes complémentaires, assurant la résilience de l'écosystème face aux perturbations.
Fond de maërl et de sable
Malgré leur importance écologique, les bancs de maërl et les sables associés sont extrêmement vulnérables. Leur croissance, de l'ordre de quelques millimètres par an, les rend particulièrement sensibles aux activités humaines telles que le chalutage, l'extraction de sable et la pollution. La perturbation de la granulométrie naturelle du sable, par exemple, peut altérer les conditions d'oxygénation et la disponibilité des nutriments, menaçant ainsi l'ensemble de la chaîne trophique.
Paysage de maërl en rade de Hyères
Plonger dans un habitat de sable et de maërl, c'est découvrir un monde d’une rare beauté, riche en couleurs et en vie. Contrairement aux récifs coralligènes ou aux prairies de posidonie, ces fonds semblent plus discrets, mais ils regorgent de surprises pour l’observateur attentif.
- Privilégier les plongées de nuit ou au crépuscule : Beaucoup d'espèces deviennent actives à ces moments-là, notamment les crustacés et certains poissons chasseurs.
- Adopter une approche lente et silencieuse : En se déplaçant avec précaution et en évitant de soulever les sédiments, on maximise ses chances d’apercevoir des organismes cachés.
- Utiliser une lampe de plongée : Pour révéler les détails des organismes fixés sur le maërl et mettre en évidence leurs couleurs souvent éclatantes.
- Observer le comportement des espèces : Le rouget sondant le sable, le pagure changeant de coquille, ou encore la pennatule déployant ses polypes filtrants sont des scènes merveilleuse à admirer.
Le sable et le maërl constituent un écosystème étrange, où chaque élément joue un rôle essentiel dans l’équilibre marin. En offrant abri, nourriture et lieux de reproduction à une multitude d’espèces, ils démontrent l’importance de préserver ces habitats fragiles.
Sensibiliser à leur richesse et à leur vulnérabilité est crucial pour garantir leur pérennité. Découvrir ces fonds en plongée est une expérience immersive et éducative qui permet de mieux comprendre les subtilités du monde marin et l’importance de sa préservation.
- Wikipédia : Le maërl
- Wikipédia : Le sable
- Fiche de synthèse sur les biocénoses (Université de Brest) J. Grall : Les bancs de maërl
- GIS Posidonie Bruno Belloni mai 2013 : Les fonds de maërl
- Ifremer MACROALGUES Subtidales Algues calcifiées libres
- Observations de terrain de l’équipe Dive.Explo360.
GRATUIT ET SANS INSCRIPTION
Enrichissez les pages de votre site avec notre contenu...
Le contenu du site dive.explo360.fr est mis à disposition
selon les termes de la licence CC BY-NC-ND 4.0
Attribution - Pas d'Utilisation Commerciale - Pas de Modification